Accouchement

Récit d’AVAC partie 1 : la naissance de Mathéo

Accouchement vaginal après césarienne

Geneviève : J’ai « rencontré » la maman de Mathéo et Éliott, Julie, dans un groupe Facebook. Son histoire d’accouchement vaginal après césarienne m’a intrigué, alors je lui ai demandé de me raconter le récit de la naissance de ses 2 enfants. Le premier, celui-ci, est l’histoire d’une naissance par césarienne. Le deuxième, un récit d’AVAC réussi. Je vous invite à lire l’histoire de cette belle famille…


Julie : Je passe une belle grossesse active, mais je ne fais rien qui soit pensé pour les femmes enceintes. Je continue donc mes cours réguliers de Zumba et de yoga et je fais de l’aquaforme régulièrement. Je suis les cours prénataux du CLSC (qui ne m’apportent pas de réponses pour la question de la gestion de la douleur). Je suis confiante que tout se passera bien, tout simplement, parce que ça s’est bien passé pour ma mère 23 ans plus tôt et que son accouchement, ma naissance, reste l’un des deux plus beaux jours de sa vie avec son mariage.

J’ai surtout peur de déchirer, mais sans plus. JAMAIS l’idée d’une césarienne ne m’effleure l’esprit. Pour moi, une césarienne, ça arrive rarement et seulement dans des cas extrêmes, lors de placenta praevia ou de mauvaise présentation fœtale. Je lis sur le déroulement de la grossesse et l’évolution du fœtus in utero, mais très peu sur la gestion naturelle de la douleur et la physiologie de l’accouchement.

J’affectionne particulièrement la position « lazy boy ». Je ne m’inquiète de rien, ni de sa position, ni du temps qui avance. J’attends simplement que le moment de le mettre au monde arrive, car je n’aime pas vraiment la fin de grossesse. J’ai l’impression d’être une baleine. J’ai arrêté l’entraînement en salle à 35 semaines, car on a examiné mon col et on m’a dit qu’il avait commencé à ouvrir. À 36 semaines, je peins le sous-sol en entier, en plus de la chambre de bébé et de sa murale. Je prends de longues marches « rapides » en marchant en canard tous les jours, malgré les sensations de chocs électriques que cause la tête de mon bébé sur mon col. Je n’arrive pas à donner de nom à mon bedon. Je me sens ridicule quand j’essaie de lui parler. J’adore toutefois ressentir ses mouvements et le flatter au travers de mon ventre. Je le flatte tout le temps.

J’arrive à 40 semaines et 1 jour et je n’ai toujours pas ressenti de contractions de Braxton Hicks. Je suis stressée en arrivant au bureau de la gynéco, car elle avait mentionné la possibilité d’un stripping. Ma pression est légèrement trop haute en arrivant, mais sera belle une fois le stress du stripping tombé. Bébé est toujours très haut dans mon bassin (station -3), je suis dilatée à 2 cm. J’ai donc mon premier stripping et ma gynéco me planifie un déclenchement à 41 semaines et 1 jour (elle était même prête à me faire un déclenchement à 40 semaines et 5 jours si j’avais voulu puisqu’elle était de garde cette journée-là). En sortant du bureau, mon conjoint et moi allons bruncher et nous sommes excités à l’idée que nous rencontrerons peut-être bientôt notre bébé. Je ressens des douleurs de type menstruel durant la journée sans plus. Ce ne sera donc pas pour tout de suite.

Le vendredi, à 40 semaines et 5 jours, j’ai un autre rendez-vous. Je suis rendue dilatée à 3 cm et bébé est toujours très haut à -3 et loin d’être fixé. 2e stripping assez intense qui me fait passer du rouge au blanc au rouge au blanc avec des sueurs froides et qui affaiblit mes membranes. Je ressens pour la première fois des contractions de Braxton Hicks. Dans la journée, nous allons au camp, faisons de la randonnée et du pédalo. Au retour, nous arrêtons à l’épicerie. Je suis très heureuse de devoir ralentir le pas quand je sens cette toute nouvelle sensation de serrement. Je souris en me flattant le ventre dans les allées centrales en laissant mon conjoint faire les courses.

Samedi matin, à 40 semaines et 6 jours, les contractions semblent arrêter. J’ai bien l’impression que nous devrons attendre le déclenchement de lundi pour rencontrer notre bébé d’amour, alors je lâche prise complètement et nous invitons mes parents à souper. Pendant le souper, je me lève souvent pour aller aux toilettes, mais je n’ai pas envie. Avec du recul, je me rends compte que la phase de latence avait probablement commencé tranquillement.

Vers 20h, j’en suis certaine. J’ai alors des contractions aux 12 à 15 minutes, mais plutôt douces. Je suis vraiment contente que ce soit commencé. J’ai hâte de rencontrer mon bébé. Je suis bien et je n’ai pas peur. Je somnole et mon conjoint dort jusqu’à 4h du matin. Je vais prendre une douche et je prends même le temps de me laver les cheveux. Les contractions sont rendues aux 8-9 minutes, mais elles ne sont pas du tout régulières en force. Ça commence par une douleur dans le bas ventre qui s’intensifie de seconde en seconde. Ensuite, au plus fort de la douleur dans le bas ventre, une douleur dans le bas du dos s’y joint et cela crée une douleur en ceinture.

Quand la douleur dans le bas ventre diminue, j’appelle mon conjoint et il me masse le bas du dos pour soulager la douleur dans les reins. Vers 7h, je prends un bain qui me soulage, mais n’arrête pas les contractions. Lors de mon 2e bain de l’avant-midi, les contractions qui étaient aux 4 à 7 minutes alors, passent aux 2 minutes. J’ai peur! Je veux sortir du bain et aller à la maternité de l’hôpital. Je suis vraiment choquée par l’intensité des sensations. Mon conjoint appelle et nous quittons en direction de l’hôpital.

Une fois sortie du bain et dans l’auto, les contractions tombent aux 5 minutes, régulières. Arrivés à l’hôpital, je suis dilatée à 4 cm, effacée à 80 % et bébé est toujours très haut à -3. L’infirmière me dit qu’elle me garde puisque c’est très tranquille sur l’étage et que de toute façon je suis à 41 semaines et que j’étais due pour être déclenchée le lendemain. Quel soulagement! Je n’ai tellement pas envie de devoir reprendre la voiture! Elle me fait mettre la fameuse jaquette d’hôpital, me fait coucher pour installer le moniteur et m’installe le soluté. À partir de maintenant, je me sens prise en charge. Je me dis que ça va bien aller. On est à la bonne place et ils savent quoi faire pour m’aider. Je suis confiante, heureuse, extrêmement souriante. C’est vrai, c’est aujourd’hui que je rencontrerai mon bébé d’amour! J’ai tellement hâte de vivre nos premiers instants ensemble, de ressentir le coup de foudre incroyable dont tout le monde parle lors du premier regard échangé avec mon bébé!

Toutes les infirmières qui passent font des commentaires sur le fait que j’ai vraiment une énorme bedaine pour ma grandeur. Plusieurs touchés du col plus tard, j’en suis au même stade. Mes contractions sont toutefois rendues aux 2 minutes et sont de plus en plus intenses. Je me promène sans arrêt dans la chambre, je sautille sur un pied durant les contractions en disant « aww aww aww ». On ne me sort pas le ballon ou les barres ou quoi que ce soit et je ne pense pas à les demander. On me dit que c’est normal que ça fasse mal et que toutes les positions font mal…

Je ne travaille pas avec les contractions, je cherche à fuir la douleur. Personne ne m’aide à gérer, on ne fait que m’examiner et on me laisse seule après m’avoir proposé la péridurale pour la énième fois. Le seul conseil qu’une infirmière me donne, c’est de tenter de rester molle, surtout entre les contractions et me dit que de toute façon rendue en travail, il est trop tard pour pratiquer des trucs de gestion de la douleur. Mon conjoint est désemparé, il tente de me masser le bas du dos, je le repousse. Il ne sait pas quoi faire pour m’aider à part me supporter pour les changements de position. Je flanche, je perds mon sourire même entre les contractions, je panique, car ça fait SI mal et SURTOUT, rien n’avance…

Le dernier touché du col m’a coupé les ailes, il m’a complètement démolie. Je ne tiendrai jamais des heures comme ça! Je VEUX la péridurale! Je l’aurai une heure plus tard… l’heure la plus longue de ma vie. On me prépare pour que l’anesthésiste n’ait pas à attendre. Je dois donc prendre beaucoup de contractions assises sur le lit, la position qui me fait le plus souffrir. L’anesthésiste arrive et me chicane parce que je n’arrive pas à faire un dos assez rond et me menace de quitter et de me laisser comme ça. Je pleure tellement… Mon conjoint est dans un coin à me regarder souffrir sans ne pouvoir rien y faire. Elle me pique par plusieurs fois. Au moins, l’infirmière devant moi avait de l’empathie et une douce voix qui était rassurante. Je me sentais comme une petite fille.

Soulagement, la péridurale fait effet, mais je sens encore les contractions en beaucoup moins fort. Je retrouve le sourire, je respire de nouveau, je louange la péri! Mais pourquoi ne l’ai-je pas prise plus tôt? L’infirmière me dit que je suis censée être totalement soulagée pour pouvoir dormir. Elle me donne donc un bolus supplémentaire. Je ne sens plus mes contractions. Mon conjoint et moi prenons des photos et on profite de l’accalmie pour donner des nouvelles à nos parents. La gynéco vient me voir pour possiblement crever mes membranes, même si bébé est toujours à -3 et qu’elle sent des structures anormales lors du toucher vaginal. Puisque c’est non pulsable, elle les crève. Je tombe à 5 cm et effacée à 100 %. Je somnole.

Récit d'accouchement - césarienne

Vers 18h, je me réveille avec une douleur intense au niveau du haut du dos et je ressens de nouveau de légères douleurs lors des contractions. Je ne suis pas plus avancée au niveau du travail et on me dit que la douleur au haut du dos, c’est le stress. Pourtant, je leur explique que je ne suis pas du tout stressée et que ça a commencé pendant que je somnolais. On ne me croit pas. L’infirmière m’offre un 2e bolus pour « au moins enlever complètement la douleur en bas ». Je lui demande par plusieurs fois si ce pourrait être à cause de la péridurale cette douleur et elle me répond toujours que non, donc j’accepte le bolus. ERREUR! Dès que le liquide commence à entrer dans ma colonne, je hurle et me tords de douleur. Je supplie de me retirer la péridurale, mais selon le protocole, une fois installée, elle doit rester jusqu’à la délivrance du placenta. Je commence à faire de la fièvre (chorioamniotite), alors on me donne des antibiotiques et on me dit que mon bébé devra passer 8 heures à la pouponnière à la naissance. On me donne aussi du Synto.

Je suis maintenant totalement immobilisée par la douleur en haut de ma colonne. Je suis couchée depuis des heures du côté droit en maintenant fermement ma tête entre mes mains pour m’assurer que mon cou ne bouge pas d’un millimètre. Je souffre à chaque touché du col, car je dois me tourner sur le dos et donc bouger ma colonne. Mon bébé souffre à chaque touché du col, car la position sur le dos fait chuter son cœur. On augmente le Synto… Je ne suis plus « là », je porte mon esprit ailleurs pour fuir cette douleur et toutes ces interventions. Je suis dans l’attente qu’on me dise que c’est le temps de pousser. Je suis complètement déconnectée de tout ce qui se passe.

Vers 23h, je suis rendue à 8-9 cm, bébé est à +1. On augmente le Synto à chaque 30 minutes à partir de ce moment. À 00h00, la gynéco est appelée. À 1h, je suis toujours au même stade, elle me dit qu’elle me propose la césarienne, parce que bébé commence à se fatiguer. J’accepte… À ce moment, je m’en fous. Je veux juste arrêter de souffrir et d’avoir cette douleur insupportable dans le haut de la colonne. On m’aurait dit que la seule solution était l’euthanasie que je l’aurais acceptée sans hésiter. Je suis complètement coupée de mes sentiments.

On s’en va donc en césarienne d’« urgence ». Durant le transport, je me sens encore ailleurs et j’ai l’impression qu’on m’envoie à l’abattoir. On dit à mon chum qu’on revient le chercher dans 5 minutes. On me rentre au bloc. C’est froid, trop clair, je reste dans ma tête…

C’est la même anesthésiste qui me dit qu’effectivement mes douleurs dans le haut de la colonne sont dues à la péridurale, mais qu’elle va tout de même mettre plus de produits par là pour me geler pour la césarienne. On m’attache les bras en croix, le produit injecté par la péri me fait terriblement mal, on me détache pour que je puisse ramener mes bras ensemble. Finalement, je ne suis pas assez gelée d’en bas. Elle m’arrache la péri pour me faire une rachianesthésie, mais entre-temps je ne suis plus le cas urgent.

J’attends, assise nue à grelotter sur la table de métal, soutenue par un infirmier parce que mes fesses sont gelées, dans la salle d’op froide pendant que l’équipe parle du fait qu’ils sont en « over ». Personne ne me parle, personne n’écoute le cœur de bébé. À ce moment, je m’en fou, je suis ailleurs. Toujours aussi déconnectée de mon ressenti…

Vers 1h45, il y a enfin quelqu’un qui va dire à mon chum ce qui se passe. Il était très inquiet, tout ce temps sans nouvelles… On me fait la rachianesthésie. Je ne suis pas totalement insensible au froid et au chaud, mais un infirmier s’impatiente et dit « ben là, on la fait-tu? ». Alors, je suis badigeonnée, de nouveau attachée, le champ opératoire est tiré, puis on fait entrer mon chum. Je suis vraiment contente de le voir. Je tremble, j’ai peur.

L’opération commence. Je sens le scalpel courir sur ma peau, je sens des doigts déchirer mes abdos… Mon visage change… L’anesthésiste dit « arrêtez, on la perd ». Elle me demande si j’accepte l’anesthésie générale. J’acquiesce. J’y vois le moyen d’arrêter d’avoir mal, je ne pense pas du tout au fait que ça implique de manquer la naissance de mon enfant. Mon conjoint doit sortir. On me demande de compter, je me suis surprise à compter longtemps avant de partir… Puis je pars…

À 2h18, Mathéo est sorti de mon ventre (supposément placé en siège selon le rapport que je lirai 16 mois plus tard… personne ne m’en a parlé). Apgar 9-9-9. David, mon conjoint, fera du peau à peau avec lui à la pouponnière. Bébé hurle longtemps, car il a faim. Mon conjoint n’est pas capable d’apprécier à sa juste valeur le moment, puisqu’il est inquiet pour moi.

Lorsque je me réveille, je suis totalement déconnectée. Je suis très heureuse de ne plus avoir mal, mais je flatte encore mon ventre. L’anesthésiste me dit que mon bébé va bien. Je commence à lui parler des activités que je faisais enceinte. Je ne pose aucune question sur mon bébé. Émotionnellement, je n’ai pas l’impression d’avoir accouché. J’ai seulement l’impression d’avoir été renversée par un dix roues, puis sauvée de toute cette douleur par une chirurgie. J’ai l’impression d’être encore enceinte même si rationnellement, je sais bien que c’est fini…

Mathéo

Vers 4h45, il y a enfin assez de personnel pour me conduire à ma chambre. Je cherche mon bébé du regard quand on passe près de la pouponnière, mais on passe trop vite, je n’arrive pas à voir. Peu de temps après mon arrivée dans la chambre, je vois David entrer dans la pièce avec un joli bébé dans les bras. Un joli bébé… pas MON bébé. Je n’ai pas de déclic.

Je ne ressens pas l’incroyable coup de foudre dont tout le monde parle, et ça va prendre des mois pour construire une relation digne d’une relation mère-fils. Je suis tout de même bien fière d’être la maman de ce mignon petit être! Je le trouve tellement beau, tellement parfait et tellement doux au toucher. Par contre, je suis meurtrie et vidée. Physiquement et émotionnellement, je suis profondément blessée.

J’aurai besoin de beaucoup de temps pour me reconstruire et arriver à aimer mon fils aussi fort qu’une mère doit aimer.

Heureusement, cet amour grandit encore et encore! Je l’aime à la folie mon beau Mathéo, mon bébé d’amour.

Récit d’AVAC partie 2 : la naissance d’Éliott

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